Déséquilibre systémique
Qu’est-ce qui fait que le système politique – voire économique – de Madagascar soit si instable? Parce qu’il incarne un déséquilibre systémique dont une infime partie occupera l’intégralité de ce billet.
D’abord, rassurez-vous, nous souhaitons juste évoquer une manière de voir l’avenir avec des solutions structurées. D’abord, il faut reconnaitre que le système mis en place depuis la fin de la colonisation (malgacho-malgache) s’éloigne des fondamentaux globaux, une des raisons de son immaturité. Faut-il pour autant copier bêtement les systèmes en place dans des pays développés?
La réponse est connu de celui qui fait la différence entre la tricherie et le benchmarking. Que regarde l’équipe du président Obama chaque lundi matin? L’opinion publique sur sa politique via les media et les sondages. Preuve que même l’homme le plus puissant du monde a un patron, son propre peuple. Aucune force vive n’est donc ni victime absolue ni maître incontesté; chacun dispose de son rayon d’action pour montrer ce qu’il peut faire et d’un jury pour jauger de ses résultats.
La première étape de cette structuration a été accomplie ces dernières décennies, le vote étant monnaie courante à Madagascar (à l’exception bien du coup d’état que nous vivons actuellement). Bien entendu, une jeune démocratie connaitra toujours des soucis quant à la sincérité des résultat d’une consultation populaire, mais c’est surtout la volonté politique qui importe au début.
La seconde étape concerne l’organisation-même de l’appareil étatique, fixée par la majorité des règles d’…organisation. Le plus important est que la structure puisse entendre fidèlement les appels des autres forces vives, l’état central état un organisame de régulation et non un bénéficiaire.
La troisième étape est l’implication des forces vives à travers leur force propre: les groupements savent quoi faire par la force du nombre, ainsi que par leur possibilité de pénaliser l’état central. Si cela ne suffit pas, à eux de saisir des hauts-parleurs (media, autres groupements, peuple) pour se faire entendre.
Vu ainsi, personne n’est finalement indétrônable, mais personne ne peut être détrôné sans raison. Moralité? Il faut être prêt à évoluer et faire face à la sélection naturelle. N’est-ce pas justement ce que nos compatriotes “kamo be tenda” cherchent à fuir actuellement?
La mauvaise surprise de la JIRAMA
Beaucoup d’abonnés ont eu une mauvaise surprise en recevant les dernières factures: s’attendant à une baisse, il y a eu en fait une hausse!
Pourquoi? d’une part parce que les contrôleurs n’ont pas effectué les relevés de l’avant-dernier mois, forçant les usagers à payer les redevances de deux mois consécutifs; d’autre part, parce qu’il n’y a pas eu de remise à zéro des consommations entre ces deux mois, d’ou un surcoût occasionné par la seconde tranche tarifaire (atteint après un certain niveau de consommation).
Combien ont été victimes de cette supercherie? beaucoup! de combien? beaucoup également! Et dire que les super-projecteurs du stade de Mahamasina sont allumés toutes les nuits… finalement ce sont toujours les mêmes qui paient!
Forces vives #2: population active et patronat dans la passivité
Rouages d’importance capitale dans l’économie, la population active et le patronat n’ont jamais participé activement à la réforme politique et économique à Madagascar, à moins qu’ils n’en connaissent pas les règles du jeu.
Loin de nous l’idée de renier tous ceux qui ont participé activement à la crise, notamment les pro-X et les pro-Y, forcément au péril de leur travail. Toutefois, il est dommage de voir ces individus agissant en leur nom propre et pour des idéaux personnels, alors qu’ils pourraient regrouper leur force autour d’un intérêt commun. Ainsi, durant les crises mais surtout au jour le jour, ces groupements ou encore syndicats pourraient participer, compte tenu de leur influence, à la gestion en continu des différents sujets socio-politico-économiques.
Comment? Tout d’abord en connaissant leur influence. Par exemple, la grève est un moyen pour le secteur public de bloquer l’appareil administratif, ou au secteur privé de soutenir son entreprise ou encore s’opposer aux dispositions sociales. Le patronat peut de son côté refuser de faire allégeance à l’état en ne payant pas ses dus, en réduisant son activité voire délocaliser ou fermer l’entreprise.
Pourquoi? Parce que ces actions vont toucher directement les données les plus importantes de son tableau de bord: les statistiques de l’emploi, le niveau des revenus ou encore les opportunités créées. Ces impacts ont une influence directe sur le bilan du gouvernement, mais surtout sur le vision qu’a le peuple sur ses gouvernants; pour peu bien entendu qu’il ait ces informations, qu’il sache les comprendre et qu’il sache agir en conséquence… en groupe encore une fois.
La population active et le patronat disposent d’un pouvoir conséquent sans le savoir, ou plutôt sans l’utiliser. A eux de savoir en profiter, sans verser dans l’abus non plus.
Revue de presse: La position de la France dans la crise
Voici quelques opinions de nos confrères sur la position de la France dans la crise à Madagascar, et les moyens qu’elle met pour promouvoir sa politique.
The president Marc Ravalomanana, early this morning, has made a declaration through Fahazavana radio (FM 88.6) and Radio Mada (FM 100.8), accusing France of backing the coup d’état which has ousted him.
He also said that nowadays France tries to incite most of French speaking African countries to recognise the HAT (High Authority of Transition) administration…
http://andrydago.wordpress.com/2009/05/26/ravaloamanana-accuses-france/
…La France ne se cache plus et se découvre d’ailleurs de plus en plus dans ses manœuvres pour neutraliser définitivement le Président Marc Ravalomanana.
Nous avons déjà reçu la visite de Robert Bourgi, le factotum de Jacques Foccart, et qui prétendait avoir eu la peau de Jean-Marie Bockel, l’ancien Ministre français de la Coopération qui abhorrait les réseaux françafricains et ses pratiques néocoloniales…
http://kudeta.over-blog.com/article-31787552.html
# Before Andry Rajoelina was even inaugurated, Jean-Marc Chataigner, a French ambassador met to “strengthen ties”. This blog post is also interesting: A very french coup.
# France (or the EU) did not suspend non-humanitarian aid to the country as other Western countries have.
# France urges Rajoelina to publically state he is not running on the next ballot…
http://tgoose.wordpress.com/2009/05/14/making-mada-france-friendly/
Le hasard n’existe pas
Avec ce titre plutôt pompeux, nous ne souhaitons faire polémique ni autour du mot “hasard”, ni autour des faits qui seront relatés, mais bien sur la réalité de la manipulation populaire.
En guise d’introduction, soulignons que la crise en elle-même a été déclenchée par des facteurs socio-économiques, ainsi que par le ras-le-bol du système que nous avons décrié dans nos billets précédents. Toutefois, elle a été largement utilisée par les politiciens pour faire valoir leurs arguments, en faisant régner l’insécurité et la contestation de manière complètement artificielle, avec une organisation évidente.
En faisant le tour de Tana a posteriori, notre attention a été attirée par quelques détails frappants:
> Un magasin du côté d’Androndra a été complètement saccagé, pillé, brulé, alors que son voisin concomitant n’a relevé aucun dégât comparable, pour ne pas dire qu’il est intact
> Un concessionnaire de voiture allemande d’Ankorondrano a enlevé ses voitures du hall d’exposition au bon moment, et les a remises alors que la crise ne semblait pas terminée
> Un libre service de Tanjombato a été pillé de toutes parts alors que son concurrent et voisin est resté intact
> Un magasin d’électroménager de Tsaralalana est toujours resté ouvert durant toute la crise
Vous remarquerez qu’il est fait état de commerces “karana” principalement. Coïncidences… ou pas, force est de reconnaitre que les personnes (physiques ou morales) concernées ont été en connaissance soit de la stratégie de déstabilisation, soit des éléments perturbateurs, ce qui leur a permis de prendre les mesures de sauvegarde de leur patrimoine.
Conclusion, les évènements ne sont pas le fruit d’une simple réaction civile, mais bien l’œuvre d’une force discrète. Peuple malgache, ne soyons plus embarqués dans ces actions qui mettent en péril l’intégrité de notre patrie. Que même ceux qui en ont bénéficié se le rappellent: Le hasard n’existe pas, et le jeu joue toujours contre le joueur.
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